Instabilité et luxation récidivante de l’épaule : comprendre, décider, opérer

Docteurs Agout, Commeil & Lavignac

À retenir

  • Une épaule qui se déboîte à répétition après une première luxation traduit une instabilité récidivante : à chaque épisode, les lésions s’aggravent et le risque de nouvelle luxation augmente.
  • Deux interventions de référence : la réparation arthroscopique du bourrelet (Bankart) quand l’os est préservé, et la butée coracoïdienne (Latarjet) en cas de perte osseuse.
  • Le choix repose sur la mesure de la perte osseuse à l’imagerie (arthro-scanner ou IRM), pas seulement sur le nombre de luxations.

Qu’est-ce que l’instabilité de l’épaule

L’épaule est l’articulation la plus mobile du corps, ce qui la rend aussi la plus exposée aux luxations. Lors d’une première luxation, le plus souvent vers l’avant (instabilité antérieure), la tête de l’humérus sort de la glène et lèse les structures qui la maintiennent en place : le bourrelet glénoïdien (lésion de Bankart), les ligaments, et parfois l’os lui-même. Une fois ces structures distendues ou détachées, l’épaule se déboîte pour des gestes de moins en moins violents, parfois simplement en enfilant un vêtement ou pendant le sommeil. On parle alors d’instabilité récidivante. L’instabilité postérieure, plus rare, se rencontre notamment après une crise d’épilepsie, une électrisation ou un traumatisme direct.

Pourquoi il ne faut pas laisser une épaule se déboîter

Chaque nouvel épisode peut aggraver les lésions. Le frottement répété de l’humérus contre le bord de la glène crée une encoche osseuse (encoche de Hill-Sachs) et use progressivement la glène. Cette perte osseuse rend l’articulation de plus en plus instable et complique la chirurgie ultérieure. À long terme, une instabilité chronique favorise l’apparition d’une arthrose précoce de l’épaule. Consulter tôt permet d’établir un bilan précis avant que les lésions ne s’étendent, et de choisir la prise en charge la mieux adaptée.

Faut-il opérer ?

La décision n’est pas systématique. Elle dépend de l’âge, du niveau et du type d’activité, de l’importance des lésions à l’imagerie et du nombre de luxations. Chez un sportif de contact de moins de 25 ans, le risque de récidive après une première luxation dépasse 80 % : la chirurgie est souvent proposée précocement. À l’inverse, chez une personne de plus de 50 ans dont l’épaule s’est luxée à la suite d’une chute, on commence presque toujours par la rééducation. Un bilan d’imagerie complet (arthro-scanner ou IRM) est réalisé pour mesurer la perte osseuse et visualiser les lésions du bourrelet et des ligaments. C’est cette évaluation qui oriente la suite.

Bankart ou Latarjet, deux techniques et une décision partagée

CritèreRéparation de Bankart (arthroscopie)Butée de Latarjet
Indication principaleBourrelet lésé, capital osseux conservéPerte osseuse de la glène ou encoche de Hill-Sachs importante
PrincipeRéinsertion arthroscopique du bourrelet et des ligamentsTransfert d’un bloc osseux (coracoïde) vissé sur la glène
VoieArthroscopique (mini-invasive)Le plus souvent à ciel ouvert
RécidiveFaible si l’os est intactTrès faible, y compris en cas de perte osseuse
ProfilPremière chirurgie, sport de non-contactPerte osseuse, sport de contact, échec d’une réparation antérieure

La réparation de Bankart se réalise sous arthroscopie, par de petites incisions : le chirurgien réinsère le bourrelet et retend les ligaments à l’aide d’ancres. Elle convient lorsque le capital osseux est conservé. La butée de Latarjet consiste à transférer un petit bloc osseux (la coracoïde) sur le bord de la glène, ce qui reconstitue la surface osseuse et ajoute un effet de sangle musculaire. Elle est indiquée en cas de perte osseuse ou d’encoche de Hill-Sachs importante, et offre un taux de récidive très bas, y compris chez les sportifs de contact. Le choix entre les deux se discute avec le patient, à partir de l’imagerie, de son âge et de son sport.

L’intervention et les suites

L’intervention se déroule en ambulatoire ou avec une courte hospitalisation, sous anesthésie générale complétée d’un bloc anesthésique de l’épaule. Le bras est ensuite immobilisé quelques semaines par une attelle. La rééducation, encadrée par un kinésithérapeute, redonne d’abord la mobilité, puis la force et la stabilité active. La reprise des sports sans contact (course, vélo) est généralement possible vers 3 mois. Les sports de contact ou avec armé du bras (rugby, handball, judo, escalade) sont repris à partir de 4 mois, après vérification de la consolidation osseuse dans le cas d’une butée. Chaque protocole est adapté à la situation du patient.

Les résultats attendus

Après stabilisation, la grande majorité des patients retrouvent une épaule stable et reprennent leurs activités, y compris sportives. Une légère perte de rotation externe (de l’ordre de 5 à 15 degrés) est fréquente, mais rarement gênante au quotidien et compatible avec un retour à un bon niveau sportif. Le suivi post-opératoire vérifie la récupération et encadre la reprise progressive des activités.

Consulter le Dr Lavignac pour une instabilité de l’épaule

Le Dr Pierre Lavignac est chirurgien orthopédiste spécialiste exclusif de l’épaule à Bordeaux. Il prend en charge l’instabilité et la luxation récidivante à la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine (Capnova, Bordeaux Nord) et consulte également au Médipôle de Langon et à la Maison de Santé de Bourg-sur-Gironde. 

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